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C'est Ă©vident ?

Papa, maman et moi

Par Nogat le lundi, 22 octobre 2012 - Vous ĂȘtes certain ?

Le mariage homosexuel est contre nature, dit tel Ă©lu. “Le mariage, c’est l’union d’un homme et d’une femme, il se trouve que la Nature fait que c’est comme ça” dit telle journaliste. Il faut "prĂ©server le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme en vue de la protection de la filiation", dit tel Ă©vĂȘque.

Je suis d'accord, respectons la nature. Mais que dit la nature ?

- Avez-vous vu des reportages sur la naissance des tortues luth ? Papa luth a sautĂ© maman puis s'en est allĂ©. Maman luth a pondu des Ɠufs sur la plage, les a recouverts de sable, puis s'en est allĂ©e. Les bĂ©bĂ©s luth se dĂ©pĂȘchent d'aller vers la mer, en Ă©vitant de se faire croquer par les oiseaux de mer, puis par les poissons. C'est quoi la famille pour les tortues luth ?

- Avez-vous vu vivre un poulailler ? Papa coq saute son harem. Maman poule couve ses Ɠufs, surveille ses poussins. Quand elle estime qu'ils commencent Ă  grandir, elle les chasse. Papa coq peut alors se mettre Ă  sauter ses filles les poulettes. Vive l'inceste ! Processus identique pour les chiens et les chats (mais eux ne couvent pas !).

Le repos du coq Gauloise noire

Le repos du coq Gauloise noire, Ă©puisĂ© par son harem ?

Mais ces exemples ne correspondent pas Ă  Homo sapiens. Chez Homo sapiens, le modĂšle est le mariage de papa et maman en vue d'assurer une descendance, c'est Ă©vident !

Image pieuse de la Sainte Famille

Image pieuse de la Sainte Famille

Vous croyez ? Les bibliothĂšques universitaires sont remplies d'Ă©tudes ethnologiques sur les diffĂ©rentes modĂšles familiaux et les modĂšles d'alliances inventĂ©s par Homo sapiens, selon les lieux et les Ă©poques : exogamie, endogamie, polygamie, polyandrie, monogamie, et mĂȘme inceste dont le tabou n'est pas pour tout le monde. Enfants Ă©levĂ©s dans une famille nuclĂ©aire (Ă©galitaire ou avec droit d'aĂźnesse) ou dans une famille Ă©largie Ă  plusieurs gĂ©nĂ©rations mais aussi Ă  plusieurs oncles et tantes (appelĂ©s pĂšre et mĂšre en Afrique) et plusieurs cousins (appelĂ©s frĂšres et sƓurs en Afrique). Bref, grande diversitĂ© de modĂšles pour Homo sapiens.

Un mariage est-il un vrai mariage si on se marie sans vouloir faire des enfants ? Un orphelin pourra-t-il avoir une Ă©ducation Ă©quilibrĂ©e si sa mĂšre ou son pĂšre ne se remarie pas ou s'il vit en orphelinat ? Papa maman donnent-ils obligatoirement un environnement Ă©quilibrĂ© Ă  leur enfant ? Un enfant Ă©levĂ© par 2 papas ou 2 mamans serait donc dans une situation pire que si le pĂšre pratique l'inceste ou si le pĂšre ou la mĂšre se drogue ou boit, bat ses enfants, etc. ? Un enfant de famille polygame est-il obligatoirement dĂ©sĂ©quilibrĂ© ? (attention, je parle seulement des enfants et pas du sort de la femme polygame qui n'a pas eu le choix).

La nature a bon dos. Comment est-il possible de continuer Ă  l'Ă©voquer comme modĂšle Ă  tout bout de champ quand on sait maintenant que tout est possible dans la nature et que l'institution du mariage n'est pas un fait de nature mais de culture.

Comment est-il possible de continuer Ă  Ă©voquer le modĂšle de la famille nuclĂ©aire en oubliant qu'entre les 2 guerres mondiales, les enfants des familles de commerçants, d'artisans, de bourgeois ou d'aristo Ă©taient encore souvent Ă©levĂ©s en nourrice et non pas par leur papa et leur maman ? Ce modĂšle Ă©tait majoritaire avant la premiĂšre guerre mondiale en France et ne posait aucun problĂšme aux pĂ©dagogues et aux religieux de tous bords.

Papa travaille, maman coud, ils sont heureux et ont beaucoup d'enfants. Conte de fĂ©e ou modĂšle de la nature ?

Commentaires

Le jeudi, 8 novembre 2012 par Nogat

Un article du Canard enchaĂźnĂ© du 7/11/12, sur le cardinal de Paris, Mgr Vingt-Trois, cite ce cardinal qui refuse le mariage homosexuel au nom du respect de la rĂ©alitĂ© sexuĂ©e de l'existence humaine et de sa gestion par la sociĂ©tĂ©. Comme le dit le Canard : l'Eglise catholique passe son temps Ă  nier la rĂ©alitĂ© sexuĂ©e de l'existence humaine au point de refuser le prĂ©servatif et d'interdire le mariage des prĂȘtres. ProgrĂšs : elle parle de rĂ©alitĂ© et non plus de nature, pour justifier son refus !

Le jeudi, 8 novembre 2012 par Jacques

Que penser des couples hĂ©tĂ©rosexuels qui ne peuvent pas avoir d'enfants et qui, voulant tout de mĂȘme en avoir, recourent Ă  l'adoption ? Ces enfants adoptĂ©s ont Ă©tĂ© conçus par un homme et une femme de toute façon, comme dans le cas d'un couple homosexuel. Et, dans un cas comme dans l'autre, leurs "vrais parents" ne sont ou ne sont plus ni papa, ni maman.

Le lundi, 10 juin 2013 par captaintaupin

Un peu d'histoire : avec la rĂ©volution, le mariage prend le sens d'un contrat (sous entendu entre un homme et une femme) dont l'implication est sans doute partiellement patrimoniale : quels sont les biens d'origine, qu'elle est la part de la communautĂ© ? Le souci sous-jacent date bien d'avant : que chaque famille n'altĂšre pas son patrimoine dans l'alliance nouvelle tout en Ă©tendant son rĂ©seau d'influence. Chez moliĂšre cela se passait devant notaire et restait un point fondamental de la procĂ©dure de l'union. Le caractĂšre religieux s'est vu Ă©vincĂ©. L'union sĂ©cularisĂ©e est scellĂ©e devant les nouvelles autoritĂ©s (le maire en l’occurrence). Deux aspects donc demeurent : l'union d'un couple et l'alliance des familles. Cependant dans les couches moyennes de la sociĂ©tĂ© on a assistĂ© Ă  la prĂ©pondĂ©rance progressive du couple sur la famille dite "Ă©largie". La formation du couple repose alors sur deux individualitĂ©s. Un non dit cependant perdure : "entre un homme et une femme". A tel point que les religieux, hostiles au mariage civil, ont pu cependant s'en accommoder (passage devant le maire avant le curĂ©). La dimension religieuse se surajoutant Ă  l'alliance civile, sauvegardant ainsi toute la symbolique hĂ©ritĂ©e du mariage (histoire de l’Église, ancien et nouveau testament).

L'intĂ©rĂȘt de la question du mariage gay est de souligner "l'Ă©closion de l'individualisme contemporain" (le dĂ©sir individuel sur celui de la collectivitĂ© familiale) et d'interpeller ce non dit de la nature des individualitĂ©s, qui allait de soi jusqu’alors. Si cette nouvelle union semble en tout point conforme Ă  l'idĂ©e du mariage en tant que "contrat rĂ©publicain", il se pourrait donc que ce soit le terme mĂȘme de mariage qui par son ambiguĂŻtĂ©, son caractĂšre plurivoque engendre la polĂ©mique.

Plus profondĂ©ment, une dimension demanderait Ă  ĂȘtre davantage rĂ©flĂ©chie : non pas celle ouverte par l'opposition nature/culture, souvent invoquĂ©e Ă  ce propos. Mais la dimension de la Symbolique Ă  laquelle se rĂ©fĂšre la parole religieuse (la thĂ©o-logie) et que le discours profane ou rĂ©publicain n'est jamais parvenu Ă  intĂ©grer. Et ce sont moins les arguments du clergĂ© qui y font rĂ©fĂ©rence que les productions artistiques (sculptures romanes, iconographie en particulier) qui rĂ©vĂšlent l'ampleur du sacrĂ©, son dĂ©bordement sur la vie des hommes, sa pĂ©nĂ©tration prolifĂ©rante des diffĂ©rentes strates du rĂšgne naturel. Le couple adamique, un couple hĂ©tĂ©rosexuĂ© par excellence, s'y dĂ©couvre lĂ  de façon majeure. Si bien que la pensĂ©e vit le dĂ©chirement de garder en perspective cet ordre archaĂŻque et fondateur, et, d'observer le caractĂšre apparemment dĂ©risoire de ce qu'on appelle "le mariage gay". Peut-ĂȘtre en renonçant Ă  penser on rĂ©sout cette tension.

Le lundi, 10 juin 2013 par Nogat

Actuellement, comme vous l'avez montrĂ©, le mariage civil est un contrat. La dimension religieuse n'existe souvent que lorsqu'on veut une cĂ©rĂ©monie religieuse plus fastueuse que la cĂ©rĂ©monie civile. Pour preuve le nombre de divorces : pas de divorce possible si le mariage est un sacrement sacrĂ© ! Et s'il s'agit d'un contrat, pourquoi l'interdire aux homosexuels ? Cela n'empĂȘche pas que ceux qui veulent un mariage religieux exclusivement hĂ©tĂ©rosexuel peuvent l'avoir au sein de leur religion.

C'est pourquoi faire référence au mythique couple adamique hétérosexué et parler d'une autre dimension entre nature et culture tendrait à vouloir séparer le religieux de la culture, alors que pour moi le fait religieux est un élément indissociable de la culture (cf l'évolution des croyances et des manifestations des religions en parallÚle de l'évolution des cultures).

Le mardi, 11 juin 2013 par Jacques

Le mythe d'Adam et Eve ne fonde en rien la famille papa maman. C'est un mythe de crĂ©ation. D'autre part, on voit mal comment le "Croissez et multipliez-vous" aurait pu se rĂ©aliser avec 2 filles ou 2 garçons. NĂ©anmoins, ce couple fondateur de l'Occident chrĂ©tien hante probablement l'inconscient culturel de notre sociĂ©tĂ©. Et c'est toute la difficultĂ© pour une sociĂ©tĂ© laĂŻque de crĂ©er des fĂȘtes symboliques non sacrĂ©es. La chrĂ©tientĂ© n'a pas fait mieux : elle a rĂ©cupĂ©rĂ© la symbolique polythĂ©iste de l'Ă©poque romaine.

Il me semble que dans "patrimoine familial" et "famille Ă©largie" il y a Ă©galement un non-dit : la famille au nom du pĂšre, la lignĂ©e des mĂąles avec ses piĂšces rapportĂ©es. Or cette famille-lĂ  n'existe pas : la famille se construit, elle s'Ă©largit sans cesse avec la formation de nouveaux couples et les enfants. Elle explose Ă  chaque gĂ©nĂ©ration. Un patrimoine se construit en mĂȘme temps et se lĂšgue, se disperse.

Le mercredi, 19 juin 2013 par captaintaupin

Si nous parlons de la famille, une entitĂ© dont la comprĂ©hension suscite encore la rĂ©flexion des sociologues, quelque chose de sĂ©rieux et de difficile qui nous concerne, pourquoi devrions-nous faire appel Ă  une caricature ("papa-maman") pour essayer de la penser ? Qui a prĂ©tendu que le mythe d'Adam et Ève serait fondateur de cette caricature ?

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