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C'est Ă©vident ?

Nature ou culture en alimentation

Par Nogat le mardi, 30 juillet 2013 - RĂ©flexions gourmandes

Avec les polémiques sur le mariage gay, on a vu ressurgir l'argument du contre-nature. J'en ai parlé dans un billet intitulé Nature et sexualité.

La question nature ou culture rejaillit aussi curieusement dans les polémiques sur la diététique et les aliments bons ou dangereux à manger.

Le monde entier mange actuellement trop salé, trop gras, trop sucré. Au fur et à mesure de l'occidentalisation des comportements alimentaires, les épidémies d'obésité, de diabète, de maladies cardio-vasculaires touchent de plus en plus de monde. Les diététiciens s'interrogent sur nos comportements alimentaires.

Fruits et légumes

Il a été ainsi proposé de manger méditerranéen (céréales, fruits et légumes, huile d'olive) ou à la façon d'Okinawa (restriction calorique, très peu de gras et de viande, poissons). Régime végétarien, voire végétalien et nourriture crue (ou alimentation vivante) sont également en plein essor, ce qui a conduit naturellement certains à se pencher sur l'alimentation de nos ancêtres et sur leurs maladies. Est ainsi né le régime préhistorique.

L'homme prĂ©historique, d'avant l'arrivĂ©e de l'agriculture, est rĂ©putĂ© naturel et exempt des maladies dites de civilisation. Il se nourrissait de chasse et de cueillette, ne consommait ni cĂ©rĂ©ales, ni laitages, ni sucre, ni sel. Les squelettes retrouvĂ©s n'ont ni caries, ni ostĂ©oporose, ni carences et les traces de maladies infectieuses seraient rares, alors qu'Ă–tzi, l'homme retrouvĂ© congelĂ© dans un glacier des Alpes il y a environ 5 300 ans, avait des caries dentaires et des abrasions dentaires causĂ©es par les farines de cĂ©rĂ©ales mal moulues. Pour en savoir plus sur la cuisine prĂ©historique.

Certains adeptes des mĂ©decines alternatives nous conseillent Ă©galement de supprimer le lait. Le lait, sensĂ© ĂŞtre un bon apport en calcium, nĂ©cessaire pour nous protĂ©ger des fractures, serait en fait responsable du diabète de type 1 et n'empĂŞcherait pas les fractures : les Africains et de nombreux Asiatiques, qui ne boivent pas de lait, ont malgrĂ© tout des os sains, alors que les pays scandinaves, gros consommateurs de lait ont le plus de fractures du col du fĂ©mur (mais aussi moins de soleil) !

L'argument premier des anti-laits est en fait : L'homme est la seule espèce Ă  consommer du lait d'une autre espèce Ă  l'âge adulte. L’espèce humaine a survĂ©cu et Ă©voluĂ© pendant 7 millions d’annĂ©es sans aucun produit laitier, se nourrissant de lait maternel uniquement dans sa petite enfance. Sur les squelettes des hommes prĂ©historiques, on ne trouve trace d'aucune des maladies osseuses connues aujourd’hui. Les produits laitiers sont apparus il n’y a que 10 000 ans dans notre histoire ce qui est, Ă  l'Ă©chelle de l'Ă©volution, très rĂ©cent. Le rĂ©sultat de ces millions d’annĂ©es d’évolution sans lait ? 75% de la population mondiale est intolĂ©rante aux produits laitiers Ă  l’âge adulte. Newsletter de SantĂ© Nature Innovation, 14/7/13.

RĂ©gime prĂ©historique et anti-laits se rejoignent. On peut y ajouter les anti-gluten, qui proposent de supprimer les cĂ©rĂ©ales : certaines personnes sont en effet intolĂ©rantes au gluten (maladie cĹ“liaque qui dĂ©truit la paroi de l'intestin grĂŞle).

Nous propose-t-on de revenir Ă  l'Ă©tat de nature, pour retrouver les instincts alimentaires de nos ancĂŞtres simiesques ?

L'homme est la seule espèce Ă  consommer du lait d'une autre espèce Ă  l'âge adulte ?

C'est vrai, mais c'est aussi le seul à avoir inventé le feu pour faire la cuisine, à avoir fait bouillir ou rôtir les aliments pour les rendre plus digestes, à avoir rajouté des herbes pour augmenter sa palette de saveurs.

Renne

Homo erectus a inventĂ© le feu vers 400 000 ans. NĂ©andertal et Cro-Magnon ont commencĂ© Ă  manger l'ancĂŞtre de la choucroute : mousses et lichens lacto fermentĂ©s par les sucs gastriques de l'estomac des rennes. Pas de sucre, mais dès le PalĂ©olithique, Homo erectus rĂ©colte le miel sauvage. Cro-Magnon sait dĂ©jĂ  sĂ©cher et fumer le poisson. Il sait aussi dĂ©couper habillement la viande, comme un bon boucher.

L'homme est donc la seule espèce à avoir inventé la cuisine et la gastronomie.

L'argument du naturel en cuisine ne fonctionne pas, Ă  moins de remonter Ă  Lucy et les australopithèques, dont la nourriture (et la dentition) est Ă©quivalente de celle des singes actuels ou Ă  l'Homo habilis, mangeur de charognes, de fruits et de racines !

Homo erectus et Néandertal, Cro-Magnon et Homo sapiens mangeaient de la viande, ils sont loin d'être végétariens. Il est probable que Cro-Magnon et Homo sapiens gobaient déjà du lait des mammifères qu'ils chassaient, comme le faisaient autrefois les Inuits du Grand Nord avec le lait des rennes.

La faute au NĂ©olithique ?

En fait, entre – 10 000 et – 8 000, la rĂ©volution du NĂ©olithique a changĂ© considĂ©rablement l'alimentation des humains et leur mode de vie. L'ĂŞtre humain s'est alors majoritairement sĂ©dentarisĂ©, passant de chasseur-cueilleur Ă  Ă©leveur et/ou agriculteur. L'alimentation est devenue plus riche, plus variĂ©e. Dans les rĂ©gions tempĂ©rĂ©es, lait et fromage sont apparus avec le dĂ©veloppement de l'Ă©levage. La culture des cĂ©rĂ©ales a permis le dĂ©veloppement d'aliments nouveaux : pain, bouillies, galettes, bière.

Céréales

Les consĂ©quences du NĂ©olithique sont nombreuses :

Jean Jacques Rousseau disait : l'homme est bon, mais la sociĂ©tĂ© le corrompt.

Peut-on dire qu'au NĂ©olithique, l'ĂŞtre humain passe de l'Ă©tat de nature Ă  celui de culture ?

Oui, si on oublie que dès Homo erectus, la différence avec les singes est déjà là. Oui, si l'art pariétal (Paléolithique supérieur) n'est pas déjà caractéristique de l'état de culture de l'Homo sapiens.

Donc, au NĂ©olithique, nous constatons, non pas tant l'arrivĂ©e de la culture chez le sauvage, que plutĂ´t l'arrivĂ©e de ce que nous appelons la civilisation urbaine, avec quelques consĂ©quences nĂ©gatives :

Il semble impossible de vivre et manger à nouveau comme avant la révolution du Néolithique. Les nomades continuant à vivre de chasse et de cueillette sont des populations très minoritaires dans le monde, souvent en voie de disparition. Fruits et légumes n'ont plus aucun rapport avec les plantes sauvages d'avant le Néolithique. Ce qu'on appelle "maladies de civilisation" ont une origine complexe (comme beaucoup de problèmes actuels), liées non seulement à une alimentation trop abondante, trop riche, mais aussi à un mode de vie trop sédentaire et stressé, ainsi qu'à la pollution de notre environnement.

Vouloir rĂ©soudre un problème complexe par des solutions simplistes n'est-il pas illusoire ? Nous n'avons plus aucun comportement naturel, au sens des mammifères que nous sommes : nous avons appris, dès l'enfance, Ă  contrĂ´ler (au moins en partie) nos colères, nos Ă©motions. On dit d'un homme cruel et violent qu'il est un animal, mais l'ĂŞtre humain est civilisĂ©, mĂŞme quand il fait la guerre, il ne se bat pas comme un animal mais comme un homme.

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