Connaissez-vous la star de l'art contemporain, le plus grand peintre vivant au monde, comme disent certains ? C'est le peintre chinois Zeng Fanzhi, dont la toile The Last Supper, pastiche de La Cène de Léonard de Vinci, peinte en 2001, vient d'être vendue 23,4 millions de dollars ! En 2008, un autre tableau avait été vendu près de 10 millions de dollars.

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Zeng Fanzhi est actuellement le peintre dont les tableaux se vendent le plus chers, il est donc le plus grand peintre vivant au monde, CQFD.

La valeur de l'art est étroitement liée à la valeur de l'achat du "produit" et à la notoriété du créateur.

Vous êtes connu et reconnu : ce que vous écrivez, ce que vous peignez se vend bien. Vous êtes inconnu : personne (ou presque) ne vous écoute, ne vous lit, ne vous achète ! Quelle que soit la qualité ou la pertinence de ce que vous faites.

Voici 2 exemples récents :
Bansky, un artiste reconnu a osé vérifier ces affirmations : ses toiles valent plus de 20 000 euros en galerie. Début octobre 2013, il a fait vendre incognito ses toiles sur un trottoir de New York, à 60 dollars ou moins : il en a vendu pour 309 euros !

Autre exemple : Le tableau Bords de Seine, de Renoir, volé au Musée des Arts de Baltimore il y a 62 ans, a été retrouvé dans un marché aux Puces en Virginie, où il a été vendu 7 dollars en 2009 : Marta Fuqua, monitrice d'auto-école l'a acheté à cause du cadre qui lui plaisait ! Puis, la propriétaire a voulu ensuite vendre le tableau aux enchères en 2012, se doutant qu'il avait de la valeur : le mot Renoir figurait sur le tableau.

Y a-t-il des critères objectifs pour définir un bon peintre, un bon musicien, un bon écrivain ?

Autrefois, les grands artistes, peintres, musiciens ou écrivains, étaient jugés grands parce qu'ils étaient reconnus comme tels par les mécènes qui les entretenaient et qui avaient le pouvoir politique : Les Médicis ou les papes pour Michel Ange ou Botticelli, les Sforza, Borgia ou François 1e pour Léonard de Vinci, Louis XIV pour Racine ou Molière, etc. On ne connaît plus que ces "grands" artistes, dont les œuvres ont été sauvegardées du temps.

Puis l'artiste a dû souffrir et vivre dans la misère ou la bohème, ce qui garantissait l'authenticité de son art. Mozart, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud ou Van Gogh sont les parfaits exemples de cette vision romantique de l'art.

Peinture

Le Salon des refusés a été créé en 1863 pour accueillir les Impressionnistes refusés par la peinture académique du 19e siècle. Ils ont dû se battre pendant 20 ans pour être enfin acceptés par le monde de la peinture. A l'époque, un bon peintre représentait la nature d'une manière quasi photographique. Puis la photo arrivant, les Impressionnistes ont pu justifier la survivance de la peinture en peignant des impressions fugitives. Ils ont été suivis de peintres déformant la nature, jusqu'à l'abstraction. Dans tous les cas, le public a d'abord été réticent pour suivre les innovations picturales, rejetées par les critiques d'art ou les galeries.

Ecriture

Jacques Bens (1931-2001), ami de Raymond Queneau, cofondateur de l'Oulipo et qui a publié une quarantaine d'ouvrages entre 1958 et 1999 (poésie, romans, essais), a publié 3 ans avant sa mort, en 1998, une petite merveille : Lente sortie de l'ombre (Stock). Ce dernier roman a eu du mal à trouver un éditeur, malgré la notoriété de l'écrivain et Jacques Bens s'en désolait, suggérant avec amertume qu'il lui aurait été plus facile de publier si son livre avait traité d'inceste, de viol ou d'un autre sujet déclencheur d'émotions fortes et de voyeurisme. Combien d'écrivains reconnus du 20e siècle seraient maintenant refusés par les maisons d'édition, désormais gérées par des financiers en recherche de bestsellers ?

Actuellement, le critère de qualité semble être le succès des ventes, en rapport direct avec l'art de raconter une histoire qui plaît au plus grand nombre. James Patterson, Stephen King, John Grisham, J.K. Rowling, ou Marc Lévy en France sont connus pour les ventes colossales de certains de leurs livres. N'y a-t-il pas confusion entre qualité littéraire et bestseller ?

Plaire au plus grand nombre, un critère de qualité ?

Dans une époque où l'argent est roi, où la finance domine, où un artiste de cinéma, un chanteur, un écrivain ou un peintre est grand s'il est "bankable", quelle est la valeur de l'art ?

En télévision, la qualité d'une émission est vérifiée par l'Audimat, la mesure d'audience : plus une émission est vue, plus elle génère de la pub, plus elle est programmée. A la trappe les programmes avec une qualité pédagogique, intellectuelle ou esthétique, jugés trop élitistes ou représentant un marché de niche trop étroit. Ces critères commerciaux semblent avoir déteint sur tout le secteur de l'art. Influence de la culture américaine où l'être humain a la valeur de son compte en banque ?

Maintenant, l'artiste doit être médiatique. S'il n'est pas connu et à la mode, il n'est rien. Curieusement, parfois, richesse et notoriété ne vont pas tout à fait ensemble. Connaissez-vous Damien Hirst, Jeff Koons, Jasper Johns, Andrew Vicari ou Hanish Kapoor ? Ils font partie des 12 peintres les plus riches au monde, avec Takashi Murakami ! En effet, la peinture est désormais un investissement : il ne s'agit pas de plaire au plus grand nombre mais aux plus riches !

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Inflatable Flower and Bunny de Jeff Koons

Inutile de vouloir publier (ou exposer) quand on n'est pas dans l'air du temps ? Certes, tout refusé n'est pas un génie méconnu, il peut peindre des croûtes ou écrire comme un pied. Mais un artiste inconnu, qui ne trouve pas de maison d'édition pour publier ou de galerie pour l'exposer, peut-il exister en tant qu'artiste ? Faut-il le regard de l'autre, l'argent de l'autre pour exister en tant qu'artiste ou seulement son intime conviction ? Vaste sujet de méditation.