La France possède 19 centrales nucléaires (58 réacteurs) en activité. 14 d’entre elles sont construites sur le bord d’un cours d’eau : 1 centrale en bord de Seine, 4 centrales en bord de Rhône, 1 centrale en bord de Garonne, 5 centrales en bord de Loire ou de Vienne, un de ses affluents, 2 centrales en bord du Rhin ou de Moselle, un de ses affluents, 1 centrale en bord de Meuse.

Chaque centrale possède plusieurs réacteurs. Chaque réacteur a besoin d’environ 50 m3 d’eau par seconde pour être refroidi. L’eau est ensuite rejetée, plus chaude, dans la rivière ou le fleuve. C'est-à-dire qu’en aval d’une centrale, l’eau du cours d’eau est plus chaude qu’en amont : elle augmente parfois de plusieurs degrés (environ 3° pour le Rhin en aval de Fessenheim). Ces rejets thermiques sont limités par décret.

Une centrale, pour bien fonctionner et pour bien refroidir ses réacteurs, a donc besoin d’un cours d’eau avec un débit suffisant, avec une eau pas trop chaude. Les réacteurs sont aussi refroidis par l’air des tours aéroréfrigérantes.

En cas de canicule, l’air extérieur est très chaud et peut atteindre 40°, l’eau du cours d’eau se réchauffe et son débit d’eau diminue. Les rejets thermiques sont alors trop importants et des dérogations sont autorisées. Mais l’eau d’un fleuve, si elle dépasse 28 à 30°, favorise le développement d’algues nuisibles et nuit fortement à la reproduction des poissons, sans parler des pollutions chimiques et radioactives aggravées par la baisse du débit des fleuves.

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En plus, pour bien fonctionner, la température intérieure du bâtiment du réacteur d’une centrale ne doit pas dépasser 50°. En 2003, on avait abouti à 49° à Fessenheim. Il avait fallu brumiser le toit pour refroidir les murs, et dépenser 200 000 l d’eau supplémentaires ! Des climatiseurs ont été installés ensuite en prévision des étés caniculaires.

En 2018, les centrales de Fessenheim (Haut Rhin), Saint Alban (Isère) et du Bugey (Ain) ont dû réduire ou stopper leurs réacteurs en raison de l’augmentation de température de l’eau du Grand Canal d’Alsace et du Rhône, lequel atteignait 28° C.

Des études estiment que le réchauffement climatique va induire une baisse d’étiage des cours d’eau de 20 à 40 % d’ici à 2050. C'est-à-dire que les centrales vont manquer d’eau de refroidissement dans les 30 ans qui vont suivre.

« Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, a estimé, devant la commission d’enquête parlementaire sur le nucléaire, qu’il existe de ce point de vue, des sites plus sensibles que d’autres. Les sites en bord de rivière identifiés comme les plus sensibles sont ceux de Civaux, Bugey, Saint-Alban, Cruas, Tricastin, Blayais, Golfech et Chooz. »

Si, dans les années à venir, le programme nucléaire se poursuit, faudra-t-il déménager les centrales en bord de mer ? Mais Gravelines (Nord), est déjà menacée par la montée des eaux et Le Blayais (Gironde) a été inondée par la tempête de 1999 !

Un des arguments en faveur des centrales nucléaires est de dire qu’une centrale n’émet pas de CO2, et ne contribue donc pas au réchauffement climatique. Mais ce même réchauffement va-t-il avoir la peau des centrales, plus sûrement que les mouvements anti nucléaires ?

Pour en savoir plus : Le Monde - Sciences et Avenir - Sortir du Nucléaire - Reporterre