Dans la Bible, Dieu crée Adam et Eve et les installe au jardin d’Eden, rempli d’arbres bons à manger. Il leur interdit de manger le fruit de l’arbre de vie, arbre de la connaissance du bien et du mal, sous peine de mort. Ève se laisse séduire par le serpent et incite Adam à manger le fruit défendu. La séductrice mange le fruit et Adam aussi.

Conséquences : ils voient qu’ils sont nus et s’habillent de pagnes en feuilles de figuier (Eve était-elle alors seins nus ?). Dieu maudit le serpent, chasse Adam et Eve du paradis et condamne Eve à enfanter dans la douleur, à désirer son mari qui la dominera ! (Genèse 3).

La femme est donc condamnée par Dieu à souffrir et à être dominée !

Cette croyance religieuse imprègne encore fortement les religions du Livre : judaïsme, christianisme et islam. Seule la montée de l’athéisme en Occident a permis une libération partielle des femmes face à la domination des hommes. Mais l’idée de souffrance semble acceptée comme normale par les femmes.

Cette souffrance, de plus en plus réduite au moment de l’accouchement, grâce aux progrès de la médecine, semble s’être reportée sur les vêtements et le corps.

Souffrance vestimentaire

Pour être belle ou être à la mode, la femme accepte, depuis très longtemps, de souffrir en s’habillant. L’évolution du costume féminin montre une succession de pratiques au mieux peu confortables, au pire franchement douloureuses :

Dans nos pays tempérés, au nom de la mode ou de la religion, les femmes ont accepté de porter des hennins, ces chapeaux coniques du 15e siècle qui pouvaient atteindre un mètre de haut, mais aussi des robes avec une superposition de jupons, puis ces jupons sont garnis de structures (vertugadins) qui se transforment en robes à panier. Le corset, qui comprime la taille pour la faire paraître fine, apparaît au 16e siècle pour se transformer en "armure" (avec baleines métalliques) qui donne une silhouette conique puis il devient gaine au début du 20e siècle, pour écraser les hanches et les cuisses.

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Médecins et féministes s’insurgent, au 20e siècle, contre les conséquences médicales du port du corset : atrophie musculaire, irritations de la peau, compression des viscères… Cela ressemble étrangement aux pieds bandés des femmes chinoises.

Les pays musulmans ont inventé, pour des raisons religieuses, le vêtement qui cache tout, des pieds à la tête. Tchador, costume traditionnel d’Afghanistan devenu burqa, couverture intégrale du corps de la femme quand elle est portée avec des gants, et référence de l’intégrisme islamique. Peut-on imaginer ce que c’est que de porter une burqa noire et des gants, en plein été sous nos latitudes ou en Arabie Saoudite ? Pourtant, si certaines le subissent, d’autres le font volontairement pour la gloire de Dieu !

En fait, le voile intégral existait déjà en Turquie au 16e siècle et les femmes méditerranéennes ont toujours porté un voile sur leur tête, sans parler des religieuses chrétiennes qui ont longtemps porté non seulement une longue robe noire et un voile, mais aussi, parfois des coiffes très peu pratiques, à la manière des costumes traditionnels de certaines régions (penser aux coiffes alsaciennes et bretonnes).

La période contemporaine est-elle une période de libération du vêtement féminin et la fin des souffrances liées au vêtement ? On peut en douter en regardant les dégâts causés par le port des chaussures à talons hauts, censées affiner les jambes et mettre en valeur les fesses !

Souffrance corporelle

La souffrance physique dans les sociétés traditionnelles est bien connue et, heureusement, en voie de disparition :

Femmes à plateau d’Ethiopie ou femmes girafes de Birmanie ou d’Afrique du sud : souffrir pour être belle semble être une préoccupation mondiale !

Mais au 21e siècle, la souffrance corporelle est encore une réalité dans nos pays développés.

Le diktat de la minceur

Pour paraître mince, c’est-à-dire conforme à des standards qui ont évolué avec le temps quels régimes draconiens s’imposent les femmes ? Les mannequins ultra-minces sont même devenus la référence jusqu’à ce que les autorités sanitaires et les féministes s’affolent de l’épidémie d’anorexie chez les jeunes femmes ! Cette obsession de la minceur peut effectivement devenir un trouble de l’alimentation chez des jeunes filles influençables.

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Ana Carolina Reston, mannequin anorexique morte d'une crise cardiaque liée à son poids

Si, autrefois, la minceur était signe d’une alimentation insuffisante des plus pauvres et s’il fallait paraître un peu enveloppé pour être en bonne santé et montrer qu’on avait les moyens de se nourrir, l’obésité fait maintenant des ravages chez les plus pauvres. Les femmes les plus aisées ont les moyens de faire maigrir sans trop de difficulté leur portefeuille grâce au développement de toute une industrie cosmétique, pharmaceutique et nutritionnelle : des régimes minceurs aux médicaments coupe-faim, des crèmes et lotions pour avoir le ventre plat, des cuisses sans cellulite aux cours de fitness, tout s’achète maintenant pour aider à maigrir. Les résultats ne sont pas toujours au niveau des attentes, l’effet yoyo des régimes a été maintes fois étudié, mais les femmes continuent à s’y accrocher, même quand elles ont un poids standard.

Le diktat de la beauté

La femme se sent femme quand elle est mince, mais aussi quand elle est belle. Qu’est-ce que la beauté et qu’est-ce que la féminité ? Les critères sont variables selon les époques et les pays, et il faudrait un autre billet pour traiter le sujet !

Chaque femme a une idée de la beauté et voudrait s’en rapprocher. La solution la plus simple a été, depuis l’Antiquité, le maquillage, la coiffure et la teinte des cheveux pour cacher certaines imperfections. Combien de temps (et d’argent) les femmes passent-elles, devant leur miroir, chez l’esthéticienne ou le coiffeur pour paraître plus belles ?

La beauté était autrefois la pâleur de la peau, pour se différencier des paysannes brunies par le soleil. Les femmes de l’aristocratie et de la bourgeoisie devaient donc se blanchir la peau, cacher les taches de rousseur. On n’hésitait pas à se mettre sur la peau des ingrédients qui feraient aujourd’hui frémir le moindre médecin : mercure, abandonné au 17e siècle au profit du blanc de céruse (du plomb trempé dans du vinaigre), des onguents contenant du soufre, etc. Le résultat : une peau desséchée, un vieillissement accéléré de la peau, voire des douleurs intenses qui peuvent aboutir à la mort.

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La reine d'Angleterre Elisabeth 1er

C’est, me direz-vous, l’ignorance qui a conduit à ces extrémités ! Mais les médecins savaient et les femmes continuaient pour le plaisir de séduire pendant quelques années. Est-ce bien différent de toutes celles qui se font bronzer au risque d’un cancer de la peau ? La mode est maintenant à la femme bronzée, signe de beauté et de santé. Et les femmes continuent de suivre la mode, malgré les risques !

Puis, l’industrie de la chirurgie esthétique s’est développée à partir du 20e siècle. Maintenant, on ne se contente plus de cacher les imperfections, on s'épile (chez le dermato, définitivement au laser, en plus des tradtitionnels rasoir et cire), on remodèle le visage, les seins, on liposuce le gras du ventre ou des cuisses, on botoxe les rides, les lèvres, etc. Pour cela, il faut anesthésier, opérer, laisser cicatriser… Que de souffrances acceptées au nom de la beauté ! D’autant plus qu’il y a parfois des ratées et que le remède est pire que le mal

Le regard social normatif

Quand les femmes ne s’imposent pas elle-même ces contraintes ou ces souffrances physiques, c’est la société qui impose son regard normatif : une femme doit être féminine, c’est-à-dire respecter des codes vestimentaires ou d’apparence sinon elle n’aura pas tel ou tel travail (interdit aux femmes trop grosses, pas maquillées, à talons plats, mal habillées, trop masculines, dans les sociétés occidentales, pas voilées dans les sociétés islamiques, etc.). Tout écart vestimentaire aux normes sociales et à la mode n’est pas seulement handicapant dans le travail mais aussi dans la vie sociale : une jeune fille qui ne s’habille pas à la mode, qui n’est pas considérée comme féminine aura parfois plus de mal à trouver un conjoint. Si ce n’est pas naturel pour elle, elle va donc s’imposer de ressembler à ce qu’on attend d’elle. S’imposer un vêtement pour des raisons sociales ou religieuses, c’est ce que font désormais de nombreuses femmes musulmanes, sans forcément passer par la contrainte masculine, seulement grâce au regard social normatif de leur communauté.

Ce regard social normatif devient caricatural quand un homme ne se sent pas bien dans son sexe et ne supporte plus les normes de masculinité que la société lui impose. Il va alors chercher à devenir femme et quand on observe le look des transgenres, on comprend mieux les stéréotypes véhiculés par notre société : le transgenre va non seulement devenir femme en modifiant (éventuellement) ses organes génitaux et sa poitrine mais surtout en se maquillant, en se coiffant, en s’habillant comme ce que la société décrit comme une femme ! Alors que de nombreuses femmes ne partagent pas ces codes vestimentaires et sont alors considérées comme masculines !

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Le transgenre Alexis Arquette

Quand ce n’est pas la société, c’est sa communauté religieuse qui impose un look obligatoire : encore le voile ou jupe interdite et pantalon obligatoire dans les communautés musulmanes intégristes de certains quartiers ; robe longue et foulard obligatoires dans les communautés juives intégristes ou dans certaines communautés chrétiennes intégristes aux USA…

Dans certains pays d’Afrique, il faut confirmer la femme dans son sexe et on pratique l’excision, c’est-à-dire l’ablation du clitoris. Pratique devenue illégale dans la majorité des pays du monde, elle se perpétue en cachette, parfois jusqu’en France. Cette pratique risquée (nombreux cas de mortalité infantile, forts risques d’infections problèmes de fertilité et handicap sexuel), jamais confirmée par les textes religieux, bien que souvent revendiquée en terre d’Islam (Egypte), est une pratique traditionnelle imposée non seulement par les hommes mais aussi par les femmes ! Les matrones sont souvent les premières à faire pression sur les familles pour exiger que les petites filles soient conformes au modèle social, quand elles ne font pas elles-mêmes office d’exciseur ! Pour lutter contre l’excision, il faut d’abord convaincre au départ des femmes avant les hommes : les matrones !

Conclusion

Bref, ces quelques exemples sont-ils la preuve que les femmes aiment souffrir pour être belles, sexy, à la mode ou conforme au modèle qu’on exige d’elles ?

Ce qui me frappe surtout, c’est la docilité et surtout la complicité des femmes à suivre ces modèles. Les féministes ont souvent accusé l’homme d’être l’oppresseur des femmes. Mais les femmes seraient-elles opprimées si elles étaient plus autonomes, si elles n’étaient pas si serviles, dociles, complices ? La résignation et la docilité seraient-elles inscrites dans nos gènes ? On dirait plutôt qu’elles ont peur de ne plus être désirées, aimées par des hommes si elles ne se conforment pas à ce modèle de la femme docile. Génétique ou culture ?

Les petits garçons et les petites filles sont élevés par des femmes qui leur transmettent inconsciemment ce modèle culturel. Les détracteurs de la théorie du genre sont aussi bien des femmes que des hommes, comme si cette théorie risquait de mettre en péril les fondements de notre société. La malédiction d’Eve serait-elle toujours aussi active ?