J’avais déjà traité du voile en avril 2012.

Quatre ans plus tard, le sujet est toujours d''actualité. Relancé par une polémique sur le commerce des vêtements islamiques. En effet de nombreuses femmes musulmanes, autrefois adeptes des vêtements de type européen, déclarés désormais "impudiques" par l’islam intégriste, se sont mises à vouloir s’habiller de manière "pudique", sans vouloir renoncer au plaisir de la mode.

La mode islamique

C’était, pour les enseignes de vêtements, un créneau à ne pas rater : robes longues couvrantes, voiles et foulards répondent à cette demande. Le marché de la mode islamique semble en pleine croissance. De grandes enseignes ont fait travailler des stylistes qui offrent désormais des vêtements attractifs pour les femmes musulmanes fortunées.

Cette mode touche également les gammes de maillot de bain. C’est pourquoi est né le burkini : des tissus "pudiques" pour se baigner !

Un marché s’est ouvert et le capitalisme s’y engouffre !

Mais en ces périodes troublées par les attentats terroristes et une méfiance accrue vis-à-vis de l’islam, qu’il soit intégriste ou tolérant, un appel au boycott des marques a été lancé par Elisabeth Badinter, soutenue par des associations féministes. Des opposantes au boycott ont fait entendre leur voix à leur tour.

Se dénuder, signe de liberté pour la femme ?

Porter un vêtement long est-il signe d’oppression des femmes ?

robe_soiree.jpg

Robe de soirée

robe_mariee.jpg

Robe de mariage

Porter une minijupe ou un short court serait-il un signe de liberté des femmes ? Certaines féministes ne se sont-elles pas opposées à la femme objet (et dénudée) des publicités sexistes ?

De quel voile parle-on ? De celui-ci ?

mere-dieu-enfant-jesus.jpg

Mais non, la Vierge Marie n’est pas une femme voilée !

De ce voile là ?

mere_theresa.jpg

Mais non, mère Thérésa n’est pas une femme voilée !

De ce voile là ?

inde_rajasthan_femmes.jpg

Mais non, les Indiennes en sari ne sont pas des femmes voilées !

Résumons : le voile est représentatif de l’oppression de la femme par la religion seulement quand il est porté par une femme musulmane. Dans la religion catholique, comme en Inde, il est seulement le symbole d’une tradition culturelle, c’est évident !

Peut-on être féministe en robe longue et voilée ?

Louise Michel, héroïne de la Commune était-elle féministe ?

louise_michel.jpg

Les suffragettes étaient-elles féministes ?

suffragettes.jpg

Y a-t-il des féministes africaines en robe longue et foulard sur la tête ?

ghana_ama_ata.jpg

Professeur Ama Ata Aidoo, Fondation Mbaasem pour la promotion et le soutien du travail des femmes africaines, Ghana.

Résumons : les féministes des siècles passés étaient habillées conformément à la mode de leur époque et celles du siècle présent doivent obligatoirement être vêtues d’une robe courte ou d’un pantalon et tête nue sauf si elles font partie d’un pays où la mode est différente (Afrique, Inde). C’est évident !

Une femme musulmane croyante, habillée de long avec un foulard sur la tête est donc obligatoirement une femme soumise et ne peut pas être féministe ?

pakistan_malala.jpg

Malala, la jeune militante pakistanaise des droits des femmes

Questions gênantes

- Le voile est-il, en soi, le symbole de la soumission ? Avons-nous oublié que, jusque dans les années 1960, des femmes librement voilées appelées religieuses, pouvaient diriger, chez nous, de main de maître, des classes, des écoles, des hôpitaux ? J’ai le souvenir d’une maîtresse femme voilée, ma tante religieuse, qui dirigeait le service maternité de l’Hôtel-Dieu de Lyon, et qui chassait avec force protestations du lit de certaines accouchées originaires du Maghreb leur mari qui exigeait de leur femme le devoir conjugal dès le surlendemain de leur accouchement !

- Le voile est-il seulement le symbole de la soumission dans certaines circonstances ? Le foulard antillais ou le turban africain est une tradition, comme la tête couverte par un pan du sari des femmes indiennes. Le costume des religieuses catholiques d’avant les années 1970, avec son voile noir et sa grande robe noire, parce qu’il a quasiment disparu de nos rues, est-il seulement un marqueur d’une époque révolue où la religion catholique était fortement présente dans la vie publique ? Mais le voile islamique fait peur, devient signe d’oppression, qu’il soit un simple hidjab (simple voile sur la tête) coloré ou les très intégristes tchador, niqab ou burqa !

Le Premier ministre lui-même vient d’affirmer : non, le voile islamique n’est pas un phénomène de mode, non ce n’est pas une couleur qu’on porte, c’est un asservissement de la femme.

Ce n’est donc pas le voile ou le vêtement islamique qui est ici en cause mais c’est un procès d’intention, une bataille culturelle identitaire dit Valls, donc une guerre de civilisation ? ce qui renvoie à une autre question :

- Les femmes qui portent le voile islamique sont-elles l’instrument d’une colonisation rampante des salafistes pour détruire notre civilisation judéo-chrétienne laïque ? On accepte les capitaux des salafistes de l’Arabie Saoudite, du Qatar ou des Emirats, on ne s’oppose pas à leur dictature religieuse, à leur propagande intégriste !

- Si la mode islamique est contraire à l’égalité homme-femme, que dit la loi ?

Conclusion

La mode, la coutume ou les croyances ont imposé à la femme de se couvrir la tête, de se cacher les pieds, les bras, les seins, de mettre des corsets douloureux, de se déformer les pieds avec des talons hauts, de se dénuder de plus en plus. Le noir, de symbole de deuil est devenu symbole d’élégance, puis il fait désormais peur quand on le voit sur le dos de femmes musulmanes intégristes.

La mode, la coutume ou les croyances ont défini comment devaient s’habiller les hommes et les femmes et ceux qui ne sont pas conformes à ces diktats du moment sont critiqués.

La mode, la coutume ou les croyances, ont fait croire à un dieu unique ou multiple ou en des énergies, selon les lieux et les temps, ont fait pratiquer des rituels stricts ou non, ou ont rejeté les rituels. Toute personne qui ne pense pas comme la majorité l’a décidé est critiquée ou rejetée ou combattue.

Au-delà des réactions émotionnelles, subjectives, faut-il combattre les manifestations intégristes des religions ? De toutes les religions ?

Dans ce cas, il faudrait s’interroger aussi sur ce qui se passe actuellement dans les milieux fondamentalistes chrétiens et en particulier dans l’Union européenne, en Pologne. Ce ne sont pas des terroristes sanglants, donc ils ne sont pas dangereux ?

Certes, le terrorisme islamique a fait 140 000 morts depuis 2000, principalement en Irak, Nigéria, Afghanistan, Pakistan et Syrie. Mais la guerre en Bosnie aurait fait plus de 200 000 morts en 4 ans, à deux pas de chez nous, au nom d’une Grande Serbie chrétienne ! Nous avons été traumatisés par les 147 morts parisiens de janvier et novembre 2015 ! Mais 3 464 personnes sont mortes sur la route en France en 2015 et nous ne nous révoltons pas contre l’insécurité routière ! Nous n’avons pas peur de monter en voiture ! Elle fait partie de l’identité culturelle de la France et notre Premier ministre ne part pas en guerre contre les fous du volant, seulement contre les fous de dieu !

Une seule solution à toutes ces questions pour éviter de se laisser piéger par les mots et nos idéologies : la loi, rien que la loi. Conséquence :

  • Quelqu’un qui tue (une ou plusieurs personnes) est un criminel, qu’il agisse par vengeance, bêtise ou au nom d’une idéologie religieuse ou politique.
  • Quelqu’un qui viole ou vole est un violeur ou un voleur, qu’il agisse par vengeance, bêtise ou au nom d’une idéologie religieuse ou politique.
  • Quelqu’un qui enfreint la loi, qui incite à la violence, à la haine raciale ou à la discrimination (sociale, sexuelle ou religieuse) est condamnable par la loi, qu’il agisse par vengeance, bêtise ou au nom d’une idéologie religieuse ou politique.

On peut refuser de consommer tel ou tel produit, boycotter par éthique telle ou telle entreprise, mais à titre personnel, je me méfie dès qu’on parle d’identité, notion source de conflits et d’exclusions ou quand on parle de mode faite pour embellir les femmes, pour leur donner la liberté quand je vois les ravages causés chez les femmes par la dictature de la mode et l’idée de beauté féminine.

Je partage la fatigue d'une jeune journaliste sur le sujet !