Nous avons 2 interprétations sur les origines de cette expression :

- Le Dictionnaire historique de la langue française Le Robert explique que ripaille vient de riper qui signifie gratter. Faire ripaille était d'abord appliqué aux soldats qui vont manger et s'approvisionner chez les paysans et les bourgeois, peut-être d'après l'idée de "racler les plats" ou selon un développement analogue à celui de "rapace" et de "rapiat". L'expression aurait été attestée en 1579 et en 1585 pour faire ripaille dans le sens actuel de "faire grande chère".

Faire ripaille ne serait donc pas une expression médiévale, mais de la fin du 16e siècle.

- D'après Wikipedia, faire ripaille viendrait du château de Ripaille, propriété du duc Amédée VIII de Savoie au 15e siècle. Pour justifier cette affirmation, Wikipedia cite le Dictionnaire étymologique de la langue françoise, de 1750 :

RIPAILLE. Faire ripaille. On prétend que cette façon de parler a pris son origine de Ripaille, lieu agréable dans la Savoye, où Amédée de Savoye, qui fut depuis Félix V. Antipape, se retira ; & où il mena une vie délicieuse. M. Aubery dans l'Eloge de ce Félix V. Gobelin & Monftrelet adjoufient, que dans ce superbe & délicieux hermitage de Ripaille, il se fit servir d'excellens vins , & des viandes exquises, au lieu d'eau de fontaine & de racines d'arbres, dont se nourrijsoient les anciens Hermites. If ou quelques-uns ont estimé qu'estoit venu le commun proverbe faire ripaille, pour dire faire bonne chère. Le P. Labbe, dans ses Etyroologics Françoises, féconde partie, page m. Ripaille ; d'où esl venu le proverbe j est un chasleau sur le bord du lac de Genève : à ripa Lemani lacus, Ripalia, lieu délicieux, & séparé du bruit , & de la conversation des hommes, ou se plaisoit Ami (Amé - Amédée), premier Duc de Savoye, devant qu'il fusl Félix V. le dernier des Antipapes qui se font élevez contre le S. Siège Aposlolique.

Les auteurs du texte de Wikipedia, pour justifier cette affirmation, font référence à Maître Chiquart, à son livre Du fait de cuysine et à sa mémoire et son savoir-faire précieusement conservés par les gens du métier au sein de l'association Maîstre Chiquart (voir: http://www.oldcook.com/fr-association) ! L'organisation de banquets gigantesques serait la preuve que les gourmets du Moyen Age faisaient ripaille !

Comme c'est moi qui ai rédigé l'article sur Maître Chiquart dans Old cook le site Internet de l'association Maître Chiquart, je proteste vigoureusement devant ce contresens. Je revoie à l'article sur le cuisinier dans sa cuisine et l'approvisionnement.

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Mariage de David et Michol, détail Bible du cardinal Maciejowski, France du Nord ~1250 (New-York, Pierpont Morgan Library, Ms. 638 ff 29v)

Lorsqu'un traiteur organise actuellement un banquet pour plusieurs centaines de personnes, parle-t-on de ripailles ? Certainement pas, surtout s'il s'agit d'un traiteur haut de gamme ou d'un grand chef. Pourtant, on pourrait être étonné des quantités de nourriture nécessaires (on dirait aussi pantagruéliques !). Les assiettes servies sont normales et la quantité de plats est actuellement sans commune mesure avec les banquets "gargantuesques" du 19e siècle. Si le nombre de convives est grand, la quantité de nourriture est en conséquence ! Il en était de même du temps de Maître Chiquart. Le service "à la française" est une sorte de buffet, chaque convive ne mangeant que ce qui se trouve devant lui et non la totalité des plats du menu, contrairement au service "à la russe", qui a été préféré quand les restaurants se sont développés au 19e siècle.

La moindre fête médiévale annonce des ripailles, mais cette expression est, bien sûr, inconnue dans les textes médiévaux. On oublie que Rabelais a fait œuvre de parodie, que Gargantua et Pantagruel sont des géants, qui mangent une nourriture de géants, même si la plupart des plats décrits dans ses œuvres ont bien des noms typiques de la gastronomie médiévale.

gargantua.jpg Gargantua vu par Gustave Doré

Faire ripaille fait donc partie de ces expressions que trimbale la langue française, témoignage des fantasmes ou des légendes d'une époque et qu'on continue d'utiliser sans y réfléchir. Ne dit-on pas "mon Dieu" ou "inch'Allah" par habitude culturelle ou sous le coup d'une émotion, même si l'on est athée ?

Utiliser le mot ripaille n'a aucune conséquence sur notre vie quotidienne, ce n'est pas le cas de continuer à associer la couleur noire à quantité d'image négatives : cette pratique ne fait souvent que renforcer le racisme des "blancs" et fait désirer le blanchissement de la peau des "noirs" ! Et je ne parle pas des expressions sexistes comme celle qui parle de l'homme chaque fois qu'on veut dire être humain (homme et femme). Pas étonnant que les droits de l'homme aient été plus mis en valeur que les droits de la femme pendant tant de générations ! Quant aux nombreuses expressions ou jurons spontanés (inconscients ?), témoins de l'homophobie ou du machisme de certains !... Notre langue est le reflet de notre histoire et de notre culture, évident, n'est ce pas ?